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Les Procédés Photomécaniques
en France au 19ème siècle

 

Après l'avénement de la photographie, marquée par les deux procédés que furent le daguerréotype et le talbotype (ou calotype), les progrès de cette nouvelle science furent lents et ne permirent pas d'éliminer les inconvénients de ces procédés:

* Le daguerréotype fournissait une image unique, sur métal, difficile à observer et à reproduire correctement.

* Le calotype, s'il était d'une mise en oeuvre moins dangereuse, ne donnait pas des résultats probants (dû à son négatif en papier!) et, bien que ce procédé négatif-positif aux sels d'argent permît de tirer de multiples épreuves, les images obtenues s'altéraient dans le temps.

Les chercheurs travaillèrent donc pour trouver les procédés d'impression susceptibles d'une part de résoudre ces problèmes, d'autre part de satisfaire les demandes des éditeurs, fort tentés d'inclure dans leurs ouvrages des reproductions photographiques de qualité. Ce fut l'essor des procédés photomécaniques dont les applications (plutôt artisanales) eurent leur âge d'or vers la fin du 19ème siècle.

Parmi les grands imprimeurs-éditeurs, GOUPIL, LAURENS, LEMERCIER, FIRMIN DIDOT, BRAUN et bien d'autres, furent de ceux qui portèrent l'édition française illustrée au firmament des systèmes d'impression.

 

Les 3 principaux types d’impression: relief, à plat, creux

 La base des procédés en relief était la typogravure, les illustrations étant réalisées en bois gravé.

La lithographie, procédé à plat utilisant les propriétés de répulsion de l'encre grasse sur une pierre de calcaire humide, connut dès le début du siècle un très grand succès.

Le plus ancien des procédés en creux, la gravure, servait aux illustrations de qualité. Bien entendu, au début du 19ème, les images étaient tirées sous presse taille-douce.

Dans le domaine de l'édition, un ouvrage imprimé en typogravure, devait comporter des planches hors-texte si l'on voulait y ajouter des illustrations dans des techniques différentes: d'où un coût d'édition élévé.

 

A la découverte des premiers procédés photomécaniques

Nous vous proposons, dans un ordre chronologique, un tour (ou peut-être pour vous la découverte) de ces principales applications de la photographie. En cliquant sur les mots soulignés, vous ouvrirez les pages vous donnant les détails sur les procédés employés à l'époque. Bien entendu, cette présentation est strictement limitée à la description technique des procédés photomécaniques, sujet déjà très vaste en soi. Pour les procédés strictement photographiques, seuls les grands événements techniques ou dates seront rappelés.

Ce fut Niépce qui, vers 1826, jeta les bases des procédés photomécaniques en découvrant les propriétés de sensibilité à la lumière du bitume de Judée: il réalisa la première reproduction potomécanique, une gravure du Cardinal d'Amboise qu'il réussit à graver sur une planche d'étain grâce à son procédé.

Après les premiers essais de Niepce, Fizeau réussira, à transformer les daguerréotypes en planches taille-douce (1841-1844).

En 1847, Niépce de Saint-Victor met au point le procédé à l'albumine. Cette substance, qui sert de support aux sels d'argent sensibles à la lumière, se coule facilement en couche mince sur le verre d'où la fabrication de plaques très planes permettant d'obtenir des clichés détaillés. En 1851, Scott Archer invente le procédé au collodion, améliorant ainsi les performances des plaques. Grâce à ces deux inventions, les photographes sont désormais en mesure de réaliser des phototypes de qualité, le système au collodion étant plus dévolu à la prise de vue, l'albumine au tirage papier. Ce couple de procédés règnera jusqu'aux années 80.

Il semble que ce soit Talbot qui, en Angleterre, en découvrant les propriétés de sensibilité de la gélatine bichromatée, a produit en 1852 des premières héliogravures à partir de clichés photographiques.

Puis Lemercier (le très célèbre lithographe) et ses associés mettront au point la première lithophotographie (1853)

Un an plus tard, Niépce de Saint-Victor, améliorant le procédé de son oncle, réalisera la première héliogravure de qualité. C'est dans cette voie que de nombreux chercheurs persisteront pour mener à une grande perfection ce très beau procédé.

En 1855, Poitevin dépose un brevet pour son procédé au charbon. Pratiquement la même année, il met au point un autre procédé de lithophotographie, mais, à la différence du système Lemercier, il utilisera l'albumine bichromatée comme principe photosensible. C'est le procédé Poitevin de Lithophotographie qui sera couronné en 1867 par le grand prix du Concours du Duc de Luynes. A noter que le génial Poitevin déposera encore la même année un brevet sur l'hélioplastie, procédé d'héliogravure par moulage de la 'réserve'

De son côté, l'héliogravure fait des progrès, servie par des grands photographes et techniciens tel Nègre qui produisit de magnifiques épreuves. De même Baldus réalisera un travail considérable sur l'héliogravure, mettant au point plusieurs procédés dont l'un basé sur gélatine-cuivre-perchlorure est très proche du procédé Talbot, mais en plusieurs passages pour nuancer au mieux le résultat.

En 1856, un grand concours, doté par le Duc de Luynes, sera lançé sous l'égide de la toute nouvelle Société Française de Photographie. Ce concours du Duc de Luynes devait récompenser les meilleurs procédés permettant la conservation des images et facilitant leur diffusion par des moyens industriels. Prorogé à maintes reprises, ce concours verra décerner ses 2 prix à Poitevin, l'un en 1863 pour son procédé au charbon , l'autre en 1867 pour son procédé de lithophotographie.

En 1864, l'Anglais Woodbury dépose le brevet d'un magnifique procédé de reproduction, la Woodburytypie (devenue en France la photoglyptie). Son brevet, vendu en 1867 au grand éditeur-imprimeur Goupil, fut exploité d'abord par ce dernier, puis, après rétrocession, par Braun et d'autres éditeurs. Ce procédé donna lieu à des ouvrages dotés de reproductions magnifiques, quoique coûteuses (ex: "la Galerie Contemporaine").

En 1867, Tessié et Maréchal font une invention déterminante pour l'avenir de l'édition: il s'agit de la phototypie, technique qui restera longtemps prépondérante pour les éditions illustrées de demi-luxe. Ce procédé est à rapprocher d'un autre qui rencontrera un grand succès chez les photographes, l'oléotypie, une technique assez proche dans son principe de la photolithographie. La phototypie sera abondamment utilisée jusque dans les années 30 du XXème siècle.

En 1878, un imprimeur viennois, Klic (Klitch), reprenant divers travaux de NEGRE, POITEVIN et FOX-TALBOT aboutira à un procédé d'Héliogravure réellement industriel, quoique délicat à mettre en oeuvre. Il continuera à améliorer ce procédé en creux pour l'adapter aux machines rotatives: c'est l'invention de la rotogravure.

Exemples de travaux modernes en héliogravure traditionnelle.

Adresse d'un atelier d'Héliogravure traditionnelle

Mais tous ces procédés, aussi magnifiques soient-ils quand aux résultats, restaient chers à exploiter. Ce fut l'avénement des procédés tramés qui permettra une véritable explosion des illustrations dans les ouvrages et entrainera, hélas, la disparition progressive des autres ou leur adaptation à ce nouveau principe technique. (Présentation des procédés tramés en cours de préparation)

Ouvrages ayant servi à établir cette présentation

* «Les industrie graphiques» 1934 par Degaast et Frot
* «La techniques des reproductions photomécaniques» 1955 par L.P.Clerc
* «Le concours du Duc de Luynes» 1994 par Sylvie Aubenas (catalogue de l’exposition du même nom).
* «Bulletin de la Société d’Ecouragement pour l’Industrie».
Pour en savoir plus:
* «La photographie en France 1816-1871» par André Rouillé. Editions Macula. Ce livre passionnant et remarquablement documenté, avec comme sous-titre «textes et controverses: une anthologie», comporte des annexes «chronologie», «procédés techniques», «bibliographie» ainsi que des index très bien faits et très utiles. Indispensable à qui veut comprendre, au delà des faits, toute la révolution intellectuelle et culturelle due à l’apparition de la photographie.
* «Etat des lieux» édité sous la direction de Pierre-Lin Renié par le Musée Goupil de Bordeaux. Cet ouvrage situe, à travers l’exemple de la Maison Goupil, toutes les tendances et demandes sur l’industrie photomécanique au 19ème siècle. Permet de comprendre l’enjeu de toutes les recherches menées à cette époque.
* «Le traité des impressions photographiques» par Poitevin. Réédition sous la direction de Yves Aubry aux éditions Laffitte à Marseille.
* «Manuel du Graveur» RORET 1924
* «Traité Général de Photographie» MONKHOVEN 1880
* «La Photographie tome1» DAVANNE 1886
* «La Photographie tome2» DAVANNE 1886
* «Keepers of light» de W.Crawford chez Morgan & Morgan (US). Notions de base sur les procédés alternatifs de la photographie.

Victor HUGO
(Héliogravure GOUPIL
d'après une photographie originale)

François COPPÉE
(Photoglyptie GOUPIL
d'après une photographie de NADAR)

RUSKIN
(Héliogravure GOUPIL
d'après une photographie originale)

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